Le baromètre 2025 de l’Observatoire national de la sécurité électrique (ONSE) livre un constat stable depuis cinq éditions : 82,6 % des installations électriques de plus de 15 ans présentent au moins une anomalie. À Paris, où la majorité du parc résidentiel a été construit avant 1948, cette proportion grimpe encore. Six familles d’anomalies concentrent l’essentiel des défauts relevés. Identifier ces points de fragilité conditionne le périmètre des travaux de rénovation d’une maison ancienne : simple mise en sécurité, refonte partielle, ou remise à neuf complète aux exigences NF C 15-100 version 2024.

01. Ce que mesure le diagnostic électrique obligatoire

Le DEO s’impose à toute vente ou location d’un logement dont l’installation a plus de 15 ans. Le diagnostiqueur certifié contrôle 8 points définis par la norme XP C 16-600, en aval de l’AGCP (disjoncteur de branchement) jusqu’aux socles de prises. Le rapport ne juge pas la conformité à la NF C 15-100 en vigueur : il évalue les défauts présentant un risque pour les personnes. Les anomalies sont classées en trois niveaux : absence de danger, danger potentiel, danger imminent.

Le baromètre ONSE 2025 s’appuie sur l’analyse de 400 000 DEO réalisés par Diagamter. Sur les logements construits entre 1980 et 1990, on relève en moyenne 6 anomalies par diagnostic sur les 8 contrôlées. La fréquence chute à 1,5 entre 1990 et 2000. Plus une installation est ancienne, plus la rénovation électrique devient indispensable, et plus elle gagne à être complète plutôt que partielle.

02. Prise de terre défectueuse : 64 % des installations

C’est l’anomalie reine. Près de deux installations sur trois ne disposent pas d’une mise à la terre fonctionnelle. Les défauts relevés se déclinent en plusieurs configurations :

  • Conducteur de protection absent dans certains circuits (généralement les plus anciens : éclairage, prises de chambres) ;
  • Résistance de terre supérieure à 100 ohms, plafond fixé par la norme ;
  • Liaison rompue avec la barrette de terre du tableau ;
  • Absence totale de piquet de terre dans les maisons individuelles, ou de raccordement à la colonne montante en immeuble.

La terre est pourtant la condition même du fonctionnement de l’interrupteur différentiel : sans conducteur de protection, la fuite de courant ne s’écoule pas vers le sol et le DDR ne détecte rien. La protection des personnes devient inopérante. Dans les immeubles parisiens d’avant-guerre, l’absence totale de terre reste fréquente, particulièrement dans les circuits posés en moulures ou en plinthes datant des décennies 1950-1970.

En rénovation, la création ou la reprise de la terre constitue le premier poste de travaux. Elle conditionne l’efficacité de tous les dispositifs de protection installés en aval.

Conseil KASQ. En appartement, la création d’une terre passe obligatoirement par la colonne montante de l’immeuble. Avant tout devis de rénovation électrique, vérifiez auprès du syndic la présence d’un conducteur de terre commun. À défaut, sa création relève de travaux de parties communes votés en assemblée générale.

03. Matériels vétustes ou inadaptés : 46 %

La deuxième anomalie la plus relevée concerne les composants eux-mêmes. Près d’une installation sur deux comprend du matériel obsolète ou détourné de son usage. Les éléments le plus souvent identifiés en rénovation sont les suivants :

  • Porte-fusibles à broches en céramique (technologie interdite en neuf depuis 2003) ;
  • Prises sans terre (deux broches uniquement) ;
  • Interrupteurs à bouton-poussoir bakélite, douilles fendues, conducteurs aluminium sertis sur cuivre ;
  • Multiprises raccordées en cascade, dominos non protégés, rallonges en alimentation permanente.

Dans une cuisine équipée moderne (plaque induction 32 A, four pyrolyse 20 A, lave-vaisselle 20 A), une installation prévue pour les usages des années 1970 atteint vite ses limites thermiques. Le bâti d’époque concentre ces défauts : la rénovation d’une maison des années 30 impose presque toujours le remplacement complet du tableau et la création des circuits spécialisés exigés par la NF C 15-100, avec sections de câbles dimensionnées pour chaque appareil.

04. Contacts directs avec des éléments sous tension : 41 %

Quatre installations sur dix exposent les occupants à un contact direct avec une partie active. Le risque d’électrisation est immédiat. Les points de défaillance les plus courants relevés en diagnostic :

  • Conducteurs dénudés en sortie de boîte de dérivation ;
  • Bornes de raccordement non capotées dans le tableau ;
  • Fils apparents derrière une plinthe arrachée ;
  • Prises cassées laissant entrevoir les contacts métalliques ;
  • Dominos abandonnés dans les vides de cloison sans boîtier de connexion.

La norme exige que tout élément sous tension soit inaccessible au doigt (indice IPxxB) sans démontage à l’aide d’un outil. Sur une installation ancienne, ces points faibles s’accumulent au fil des modifications successives : ajout d’une prise, remplacement d’un luminaire, intervention non terminée. Chaque bricolage non finalisé laisse une zone de danger, et la seule façon de les neutraliser durablement consiste à reprendre le câblage en repassant des gaines neuves.

05. Défaut sur les protections contre les surintensités : 33 %

Un tiers des installations souffre d’un défaut au niveau des disjoncteurs ou des fusibles : calibre trop élevé pour la section de câble protégé, dispositif manquant sur un circuit, fusible bricolé (« plombage » avec un fil de cuivre), disjoncteur défaillant qui ne déclenche plus.

Le couple section de câble / calibre de protection forme un tout indissociable :

  • Câble de 1,5 mm² → disjoncteur 16 A maximum ;
  • Câble de 2,5 mm² → disjoncteur 20 A maximum ;
  • Câble de 6 mm² → disjoncteur 32 A (plaque de cuisson).

Au-delà de ces couples, le câble chauffe avant que le disjoncteur ne coupe : le risque d’incendie devient concret. L’ONSE rappelle que 20 à 35 % des incendies d’habitation sont d’origine électrique, soit entre 30 600 et 53 600 sinistres déclarés aux assurances chaque année sur les 153 100 incendies d’habitation recensés en 2022. La rénovation du tableau électrique, avec recalibrage de chaque disjoncteur sur la section réelle du câble, élimine cette catégorie de risque en une seule intervention.

Erreur fréquente. Remplacer un disjoncteur 16 A qui déclenche par un modèle 20 A « pour qu’il tienne ». Le disjoncteur ne déclenchait pas par excès de zèle : il signalait un dépassement de la capacité du câble. L’augmentation du calibre déplace simplement le point de défaillance vers le câble lui-même.

06. Salle de bains : zones de sécurité non respectées (22 %)

Plus d’une installation sur cinq présente une non-conformité dans les volumes de la salle de bains. La norme NF C 15-100 définit deux volumes (volume 1 et volume 2) autour de la baignoire ou de la douche, dans lesquels les équipements électriques sont strictement encadrés. Une prise placée à moins de 60 cm du bord de la baignoire, un interrupteur dans le volume 2, un luminaire IPx4 absent au-dessus de la douche : autant d’écarts couramment relevés.

L’eau, conductrice, multiplie le risque d’électrisation. La rénovation d’une salle de bains des années 1970 ou 1980 s’accompagne presque systématiquement d’une refonte du plan électrique : déplacement de la prise rasage, ajout d’un éclairage IPx4 ou IPx5 selon le volume, vérification de la liaison équipotentielle. C’est le moment privilégié pour reprendre l’électricité de la pièce, puisque les revêtements sont déjà déposés.

07. Liaison équipotentielle de la salle de bains défectueuse : 18 %

La sixième anomalie touche elle aussi la salle de bains. La liaison équipotentielle supplémentaire (LES) consiste à relier entre eux tous les éléments métalliques de la pièce (canalisations d’eau chaude et froide, évacuation, corps de baignoire métallique, huisseries) à un même potentiel, lui-même raccordé à la terre.

Son rôle : empêcher qu’une différence de tension n’apparaisse entre deux objets métalliques touchés simultanément par une personne mouillée. Sur une installation ancienne, la LES est souvent absente, sectionnée lors de travaux de plomberie, ou rendue inopérante par le remplacement de tuyauteries cuivre par du PER (matériau non conducteur). Sa reprise s’intègre naturellement dans une rénovation salle de bains.

08. Récapitulatif des 6 anomalies relevées par l’ONSE

Anomalie Fréquence Risque principal
Prise de terre défectueuse 64 % Différentiel inopérant
Matériels vétustes ou inadaptés 46 % Échauffement, court-circuit
Contacts directs avec parties sous tension 41 % Électrisation
Défaut de protection contre les surintensités 33 % Incendie
Volumes salle de bains non respectés 22 % Électrisation en milieu humide
Liaison équipotentielle défectueuse 18 % Différence de potentiel en pièce humide

Source : Baromètre ONSE 2025, analyse Diagamter sur 400 000 DEO.

09. Quel niveau de rénovation électrique engager ?

Face à un DEO révélant plusieurs anomalies, trois niveaux d’intervention sont à arbitrer selon le nombre de défauts, la vétusté du tableau et le projet immobilier (vente, location, occupation personnelle).

La mise en sécurité traite uniquement les défauts présentant un risque immédiat :

  • Ajout d’au moins un interrupteur différentiel 30 mA en tête de tableau ;
  • Retrait des matériels vétustes (porte-fusibles, prises sans terre) ;
  • Création ou reprise de la liaison de terre ;
  • Capotage des éléments sous tension accessibles.

Elle suffit pour louer le bien selon le décret « décence » de 2017, et constitue souvent le minimum exigé dans le cadre d’une rénovation locative à Paris. Elle ne couvre toutefois ni les nouveaux usages, ni l’évolution du logement.

La rénovation électrique partielle reprend une zone du logement (cuisine, salle de bains, suite parentale) en câblant à neuf les circuits concernés selon la norme actuelle, sans toucher au reste de l’installation. Les circuits non modifiés restent sous leur protection existante. Cette option permet d’étaler le coût dans le temps, en synchronisant les travaux d’électricité avec les rénovations de pièces.

La rénovation électrique totale applique l’intégralité de la NF C 15-100 dans sa version 2024 :

  • ETEL et GTL aux dimensions réglementaires (600 mm de large, 250 mm de profondeur) ;
  • Au moins 2 interrupteurs différentiels 30 mA, 8 circuits maximum par DDR ;
  • Circuits spécialisés pour la cuisson, le lave-linge, le lave-vaisselle, le four ;
  • Prises à obturateur, dispositif de connexion luminaire (DCL) à chaque point lumineux ;
  • Réserve de 20 % d’emplacements libres dans le tableau pour les ajouts futurs.

Le passage du CONSUEL est obligatoire pour la remise sous tension. Cette option s’impose dès lors qu’un DEO relève 4 anomalies ou plus, ou qu’une rénovation lourde du logement est engagée.

Bon à savoir. En rénovation électrique partielle, seuls les circuits créés ou modifiés doivent respecter la norme en vigueur. Les circuits existants non touchés peuvent rester sous leur protection actuelle, à condition que celle-ci soit fonctionnelle. Cette logique permet d’étaler une remise à niveau sur plusieurs chantiers, mais ne dispense pas du traitement des anomalies présentant un danger imminent.

10. Pourquoi engager les travaux sans attendre

Le baromètre ONSE 2025 souligne une stagnation préoccupante du parc résidentiel français. Trois facteurs l’expliquent : le DEO informe l’acquéreur ou le locataire mais n’oblige pas le propriétaire à effectuer les travaux ; les aides à la rénovation énergétique (MaPrimeRénov’, éco-PTZ) ne couvrent pas l’électricité seule, sauf intégration dans un bouquet de travaux globaux ; l’essor des nouveaux usages (pompes à chaleur, bornes de recharge, plaques à induction) sollicite des installations conçues pour des besoins beaucoup plus modestes.

Le coût humain reste tangible : 3 000 passages aux urgences chaque année à la suite d’électrisations accidentelles, dont un tiers donne lieu à hospitalisation. 34 décès par électrocution ont été recensés en France en 2022. Quatre accidents électriques sur cinq surviennent à domicile. Ces chiffres ne reculeront que par la rénovation effective des installations, anomalie après anomalie.

Questions fréquentes

Le DEO oblige-t-il à faire les travaux ?

Non. Le diagnostic électrique obligatoire est un document informatif remis à l’acquéreur ou au locataire. Il n’oblige le propriétaire à aucun travaux. En location toutefois, la présence d’au moins un interrupteur différentiel 30 mA et d’un dispositif de coupure général est exigée par le décret « décence » de 2017.

Quelle est la durée de validité d’un DEO ?

Le DEO est valable 3 ans pour une vente et 6 ans pour une location. Au-delà, un nouveau diagnostic doit être réalisé. Si l’installation a été entièrement rénovée moins de 3 ans avant la vente, le DEO peut être remplacé par l’attestation de conformité CONSUEL.

Combien coûte la rénovation électrique d’un appartement ?

Le coût dépend du niveau d’intervention. Pour un appartement parisien standard de 50 à 70 m², une mise en sécurité (remplacement du tableau, ajout d’un différentiel 30 mA, création d’une terre, retrait des matériels vétustes) se situe en général entre 1 500 et 4 000 €. Une rénovation électrique totale avec passage de CONSUEL démarre autour de 80 à 120 €/m².

Une assurance habitation peut-elle refuser de couvrir un sinistre lié à une installation vétuste ?

Oui. En cas d’incendie d’origine électrique, l’assureur peut diligenter une expertise et invoquer la « négligence » du propriétaire si l’installation présentait des anomalies graves connues, notamment relevées dans un DEO antérieur. La franchise peut être majorée, voire la garantie réduite.

Faut-il refaire l’électricité avant ou après les autres travaux ?

Avant. La rénovation électrique impose le passage de gaines, le percement des cloisons et la pose de boîtes d’encastrement. Ces interventions doivent intervenir en début de chantier, avant les enduits, peintures et revêtements de sol. Reprendre l’électricité après les finitions multiplie le coût par deux ou trois.

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